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Grenier d'un écrivain en herbe

L'arc et le diadème. Voyage en terre elfique

Vincent JULIEN

 

 

 

 

 

 

L’ARC ET LE DIADÈME (Lettre n°82)

 

roman

 

Voyage en terre elfique

 

Elfe - Fantasy - Histoire elfique

My fate © Zolaida, 8 juillet 2014, DeviantArt.com. (Source)

 

 

Pour M., qui sait comment me redonner la motivation dans les temps difficiles.

 

 

© Vincent Julien, 2017.

Avertissement : tous les noms propres elfiques proviennent de l’alphabet sindarin mis au point par John Ronald Reuel Tolkien (1892-1973). Pour une énumération plus complète, nous renvoyons le lecteur vers les sites web suivants :

 

Bande sonore écoutée durant l’écriture : le Seigneur des Anneaux composée par Howard Shore.

______________________________________________________________________

 

1

 

L’attaque du village

 

« De sombres nuages s’amoncellent à l’horizon. Je pressens un grand danger pour ce monde », Laurelin1, la Grande Prêtresse d’Astiel

 

An 2786, saison Annion du Troisième Âge,

Province d’Elanë

 

     La lumière du crépuscule éclairait encore les sommets tandis que la vallée coincée entre les montagnes était déjà recouverte par l’ombre de la nuit. Une nouvelle fois, la contrée des Elfes s’endormait. Soudain, un halètement se fit entendre.

 

     — Aaah… aaah… aaah... aaah !

 

     Elle court. Elle court depuis si longtemps qu’elle en perd son souffle. Le prolongement de ses cheveux suit le vent. Sa robe déchirée et trouée est maculée du sang des siens. L’esprit assailli de mille pensées, la jeune femme ne sait plus depuis combien de temps elle s’est lancée dans cette course pour la vie. Après tout, peu lui importe, seule compte à ses yeux le jeune nourrisson qu’elle tient dans ses bras. Cependant, la sensation de serrement qui étreint sa poitrine devient insupportable. Elle voudrait marquer une halte mais la raison l’en empêche et la pousse à s’enfoncer toujours plus loin dans la montagne afin de que sa sécurité puisse être garantie. En contrebas, un air irrespirable s’est désormais répandu dans la vallée, tant les flammes ravageant le village poursuivent leurs ravages.

 

     Lorsqu’elle juge être parvenue à une distance suffisante de son village livré à cette horde soldatesque, la jeune femme s’accorde une pause dûment méritée. S’asseyant sur un rocher, elle ne peut retenir ses larmes, le regard tourné vers ce brasier qui consume ce qui reste du village. La jeune femme trouve la force de s’interroger. Pourquoi ce massacre a-t-il eu lieu ? Et qui trouverait intérêt à rompre la Longue Paix qui a rétablit la concorde entre les peuples de ce monde ? Pourquoi les Dieux ne sont pas intervenus pour empêcher pareil incident ? Qu’il y-a-t-il de plus horrible que de s’attaquer à de simples villageois qui n’avaient, pour seule défense, qu’une garnison de cinquante soldats ?

     La jeune tisserande tente de comprendre le déroulé des événements, survenus en si peu de temps. Elle se remémore l’animation qui régnait dans le village, où chacun vaquait à ses occupations. Elle-même Une atmosphère paisible que rien ne venait troubler, pas même les négociations âprement menées sur la place du marché. Les jeux auxquels se livraient les enfants sur la cour centrale du village. Cette jeune femme se prénomme Isil2, et appartient au peuple des Elfes. Son histoire s’apprête à devenir celui de la survie d’un peuple.

 

     Avant que ne survienne cette tragédie, elle se trouvait sur sa terrasse, occupée qu’elle était à aider son fils à mémoriser un chant élogieux envers le peuple des Elfes, l’Ardamírë3, une demande du maître des classes. Ses deux autres filles étaient également présentes.

 

     L’aînée, Oromë[4], s’exerçait à la harpe sur une douce mélodie. Quant à la cadette, Elenwë[5], celle-ci révisait l’alphabet elfique  avec l’aide bienveillante de la nourrice. [] La journée avait été paisible comme les 257 dernières prophéties[6] qui l’avaient précédé.

 

     La prophétie de cette nouvelle année ne mentionne alors aucune guerre, nul incident à survenir. Tout juste fait elle allusion à « divers aléas ». Finalement, cette journée se terminerait dans cette sérénité qu’elle connaissait depuis si longtemps. C’est ce que pensaient l’ensemble des villageois lorsqu’ils aperçurent la gardienne du temps sortir de sa modeste demeure. Postée au centre du kiosque de son jardin, elle sonna le dix-neuvième coup de cor de la journée.

 

     Alors que la garnison effectuait la relève et que de nouveaux gardes prenaient leur poste, des bruits inhabituels pour un tel moment de la journée se firent entendre au loin. Alors que le bruit se renforçait, les gardes de la porte ouest distinguèrent au loin des mouvements de troupes. Un garde fut missionné pour en avertir aussitôt le commandant en charge de la défense du village. Il retrouva ce dernier au poste de commandement qui se trouvait non loin de la tour nord. Le commandant Cuthalion[7] était en train de jouer à une partie de carte avec d’autres soldats qui n’étaient pas de garde ce soir-là. L’arrivée à vive allure du garde troubla l’ambiance détendue qui s’était installée. Se donnant à peine le temps de reprendre son souffle, il alla à la rencontre de son supérieur.

 

     « — Commandant, vite, il faut donner l’alerte ! Des troupes… elles se dirigent vers le village !

     — Que dis-tu ? Des troupes ennemies nous attaquent ? C’est impossible ! De qui peut-il bien s’agir ? Les nains sont trop occupés à maintenir leur secteur minier prospère pour prendre le risque de le voir décliner. Les lycanthropes ? S’ils voulaient nous attaquer, il leur faudrait violer la souveraineté du royaume des hommes ou de celui des nains. Dans tous les cas, l’un des deux ne manquerait pas d’écraser cette armée d’invasion. Quant aux hommes, notre souveraine a conclu une alliance avec leur roi Gisforth II, afin de sceller la réconciliation suite à la guerre menée par son belliqueux de père, Aréthas Ier. Écoute, j’ai fait partie de la délégation diplomatique qui a accompagné notre souveraine jusqu’à Orlendas, leur capitale, il y a sept ans, et je peux t’affirmer que le souverain actuel est un homme résolument pacifiste.

     — Je vous assure, pourtant, que nous faisons bel et bien état de mouvements de troupes non identifiées à l’ouest !

     — Balivernes, soldat ! Je ne vois pas qui pourrait nous attaquer ! La paix a été établie il y a soixante ans, et quelqu’un voudrait y mettre fin ?! Fait hautement improbable !

     — Venez voir par vous-même si vous ne me croyez pas commandant ! »

 

     Grommelant, le gradé était certain que ce soldat avait un peu trop abusé d’hydromel. Surtout, il était sur la bonne voie pour remporter la partie. Durant son absence, son adversaire ne manquerait pas de jeter un œil sur ses cartes. Cette seule perspective lui déplaisait. Pendant que lui et le soldat marchaient à toute allure vers le côté ouest des remparts, il constata que le vent d’ouest s’était levé, apportant une soudaine fraîcheur. Le fait que le vent se lève en cette fin de journée n’était pas habituel mais ce qui étonna le commandant, c’était qu’il y en ait à la fin de l’Annion, la plus chaude saison de l’année.

 

     Enfin, ils parvinrent aux remparts ouest et ce qu’ils virent les stupéfia. Le commandant était effaré, le soldat disait donc la vérité. C’était bel et bien une armée aux intentions hostiles qui leur faisait face. Désormais, celle-ci s’étendait sur toute la largeur de la vallée. Des troupes continuaient d’arriver par le col de Jallawëi. Devant l’urgence de la situation, le commandant se ressaisit. S’adressant au premier homme à ses côtés :

 

     « — Toi, va quérir immédiatement le capitaine !

     — À vos ordres ! »

     Le soldat, conscient de l’importance de sa tâche, ne se fit pas prier et alla avertir le capitaine. Celui-ci se chargerait alors de mettre le reste de la garnison en état d’alerte.

     — Commandant Cuthalion ! Je suis venu aussi vite que possible.

     L’homme qui venait d’interpeller le chef de la garnison n’était autre que son second, le capitaine Aldaron.

     « — Ah, Aldaron, merci d’avoir fait aussi vite que possible. Comme tu peux le voir, on s’apprête à nous attaquer. Or, à cette distance, je ne peux pas clairement identifier l’origine de nos agresseurs. Je te demanderai de veiller à ce que tous les soldats de la caserne, sans exception, soient immédiatement de garde. Veille à ce que leur armement soit complet !

     — Entendu. Sauf votre respect mon commandant, nous ne pourrons pas retenir une telle armée sans le soutien de…

     — Je le sais ! Malheureusement, l’armée royale se trouve dans la capitale et sa province. Or, Ardamírë, est à 500 lieux[8] de là.

     — Alors, allons-nous mourir ici, aux confins du royaume et ignorés de la capitale ?

     — Bien sûr que non ! Notre mission est de retenir l’armée ennemie ici le plus longtemps possible.

     — Je n’ai jamais vu une armée aussi nombreuse. Nous allons tous périr… »

     Le commandant posa ses mains sur les épaules du capitaine.

     — Capitaine ! Rappelez-vous la raison première qui a forgé la réputation des soldats elfiques, notre réputation : « Combattre avec vaillance, résister avec ardeur ».

     Le gradé se reprit.

     — Vous avez raison ! Nous combattrons vaillamment jusqu’au dernier.— Cependant, il vaut mieux que Son Altesse soit informé de ce grave incident frontalier. Je vais faire préparer une colombe.

 

 


[1]. Laurelin : « le chant d’or ».

[2]. Isil : « la Lune ».

[3]. Ardamirë: « joyaux du monde ».

[4]. « la musicienne ».

[5]. « l’Étoilée ».

[6]. Chaque nouvelle année elfique, débutant par le zénith de l’Étoile du Nord, est inaugurée par l’annonce d’une prophétie religieuse énoncée par la Grande Prêtresse.

[7]. « Arc de fer ».

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