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Grenier d'un écrivain en herbe
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Rencontre hasardeuse – 4ème extrait

  Évasive, oui c’était le mot qui convenait. Ne dit-on pas que la beauté de la femme peut inciter au rêve ? Quoiqu’il en soit, c’est une théorie que j’approuve.

Avant d’aller me coucher, je décidai d’allumer la télévision. Et là, surprise ! Je tombai sur une de mes émissions favorites : Débat de femmes. Ce numéro-ci portait sur la beauté universelle de la femme dépeinte par l’homme depuis le XVIè siècle.

  — Avec nous ce soir, pour répondre à la question posée en fin d’émission précédente, Marie-Jeanne DUTIN, spécialiste de la Renaissance. Alors, Marie-Jeanne, quelle réponse feriez-vous à tous ceux qui s’interrogent sur la manière dont pouvait être perçue la femme au XVIè siècle ? Alors, je rappelle la question pour les téléspectateurs qui viennent de nous rejoindre : la femme de la Renaissance, une séductrice de son temps ?

  — Tout d’abord, il faut savoir que la femme a toujours eu en sa possession ce pouvoir de séduction sur l’homme. Et ce, de tout temps. Que ce soit au temps des Grecs, même si la femme était plutôt traitée en tant qu’esclave que femme, au temps des Romains où elle possédait un statut similaire, ou au Bas Moyen-Âge, où l’homme commençait à entrevoir l’étendue du charme féminin. La Renaissance n’est que la continuité du Moyen-Âge, et ce, dans tous les domaines : culturel, médicinal et relationnel. C’est ce dernier domaine que je développerai, et notamment les relations interhumaines entre l’homme et la femme. L’homme de la Renaissance profite d’une arrivée massive de nouvelles connaissances pour réétudier sa partenaire de toujours : la femme. Il l’étudie avec un nouvel œil. Mais pour cela, il se dote d’outils totalement innovants, la poésie est l’un d’entre eux.

  Prenez le poète Ronsard par exemple. Dans sa jeunesse, et se trouvant à Rome, il fit la rencontre d’une jeune femme répondant au prénom de Cassandre. Il s’en éprit follement. Il alla même jusqu’à lui dédier un recueil de poèmes connu sous le nom des Amours de Cassandre. C’est pour vous dire à quel point l’homme du XVIè siècle et, de manière globale, l’Homme a succombé au charme de la femme. C’est pourquoi, je pense que la beauté féminine possède un caractère de nature universelle.

J’éteignis la télévision. J’étais resté sur sa dernière phrase : « la beauté féminine possède un caractère de nature universelle. »

  À bien y réfléchir, cette dame se faisait la porte-parole de la gente féminine. Ses propos étaient le reflet de la vérité absolue. Vérité que je partageais. Il est vrai que ma Douce n’était pas tout à fait d’accord sur ce point-ci, mais cela n’entachera en rien l’amour immortel que je lui voue. C’est dans cet état d’esprit que j’empruntai la voie menant au sommeil. La journée de jeudi s’annonçait radieuse. Certes, ce matin-là, le beau temps était au rendez-vous. Voilà une nouvelle indéniable. Indéniable, mais inutile, car ce jour-ci, je ne commençais ma journée qu’à partir de onze heures.

  C’est dans un semblant de calme absolu que je déjeunai, regardai la télévision, relisai pour la énième fois Virus LIV3 ou la mort des livres de Christian Grenier. Puis, vint l’instant de l’embauche. J’enfourchais l’engin que me prêtait gentiment mon Directeur.

Arrivé à la Joe Pizzeria, ce dernier fut agréablement surpris de me voir plus radieux que jamais. Même la fiche des clients à desservir qu’il me présenta, ne réussit pas à m’arracher ce sourire des lèvres. Il m’adressa les propos que voici :

  — Dis donc, Jean-Alfred, tu n’aurais tout de même pas l’intention de me soutirer une augmentation de la poche, j’espère ?!

  — Rassurez-vous, Monsieur le Directeur, ce n’est pas mon intention !

  — Et ce sourire malicieux, pourrais-je en connaître l’origine ?

  — Ah ça ! Il ne faut pas vous faire de soucis à cause de cela. C’est tout simplement parce qu’hier, j’ai rencontré, non loin d’ici dans un bar, une fort belle femme.

  — D’accord ! Allez va, que tu seras en retard pour ta première commande !

  Je mis le contact sur mon scooter. Puis, avant de prendre le départ, je prononçai le beau prénom de ma dulcinée : — Évaline. Après quoi, je me mis en route.

  Mon premier client résidait dans le célèbre quartier latin. Le quartier latin à onze heures et dix, j’ai connu mieux comme destination de rêve. Mais ici, boulot oblige, je devais m’y rendre. Peu de temps après, j’arrivai au domicile de mon premier client. Avant de sonner, je vérifiai une dernière fois l’exactitude, et du lieu, et du client. Sur mon bloc-notes était inscrit ceci :

 

Monsieur BULON Jean-Charles

5, rue Georges Clémenceau

75018 MONTMARTRE

 

  Figurait également un numéro de téléphone que le patron avait griffonné à l’arrache. Pas de doute. C’était bien ça, l’adresse correspondait avec le lieu et le numéro de la maison.

  Je sonnai. Ce fut une femme qui m’ouvrit.

  — Bonjour. Ah oui, vous venez pour la commande de dix heures ?

  — Oui.

  La femme appela son mari. Celui-ci fut présent très peu de temps après.

  — Ah, c’est vous le livreur, parfait. Tenez, et merci encore de vous être déplacé.

  — Ce n’est rien, c’est toujours un plaisir pour moi !

  Il me régla en liquide. Je mis l’argent dans une banane que je portais toujours sur moi, lorsque je travaillais. Dès lors, je reparti en quête d’autres clients à servir. En ce jour de novembre, je devais servir quarante deux clients différents.

  Vers une heure et demie de l’après-midi, je suis revenu à la pizzeria puis ai montré au Directeur où en était l’état des commandes, et suis rentré chez moi. Cela, afin de déjeuner.

  Deux cordons bleus bien cuits firent l’affaire.

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