17 Septembre 2010
00h24. J’arrive tout juste sur le palier de la résidence Les Pissenlits bleus dans lequel je suis logé. Cette-dernière se trouve dans le XVIè arrondissement de la capitale. Ensuite, j’ai entrepris l’ascension habituelle des marches, mon appartement n’est situé qu’au cinquième étage.
Une fois dans mon chez-moi personnel, et sentant que le sommeil guettait mon arrivée à chaque instant, je fis vite. J’allai me brosser les dents, me déshabillai puis, enfin, m’ensevelir sous les couvertures encore froides.
« Jean-Alfred ! Tu dois te réveiller ! Il est sept heures du matin, allez debout fainéant ! » La sonnerie personnalisée de mon portable retentit deux fois encore, avant que je ne fasse l’énorme effort de l’éteindre. Je me levai donc, la tête dans l’épais brouillard matinal. Je ballais, m’étirais, m’habillais et prenais le bon café chaud du matin. Tout ce cérémonial en usage chez moi, m’aidait à opérer la transition entre la nuit reposante et la journée plus harassante. C’est donc, l’esprit serein que j’enfourchais mon scooter, direction le boulot. La pizzeria où je travaille s’appelle la Joe Pizzeria. Dix ans que j’effectue le même trajet tous les ans.
Remarquez, si le trajet peut souvent paraître monotone, ma journée, elle, ne l’est pas. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer !
J’arrive donc sur mon lieu de travail, m’enregistre et me présente au patron. Celui-ci me confie la liste des commandes reçues hier, et à effectuer dans la journée aux heures convenues avec les clients. Deux minutes plus tard, j’étais déjà au guidon de mon engin.
La matinée passa à un rythme effréné, comme toujours.
Midi arriva. Je rentrai chez moi et me laissai tomber en arrière sur mon canapé clic-clac. La première moitié de la journée s’était écoulée et j’étais déjà crevé d’avoir tant fait. Avant de déjeuner, je décidai d’appeler la ravissante Évaline.
— Oui, allô ?
— Évaline ? C’est moi, Jean-Alfred DUPENAY !
— Bonjour, Jean-Alfred, comment vas-tu depuis hier ?
— Écoute, ça pourrait aller mieux.
Elle me demanda pourquoi je n’étais pas au meilleur de ma forme, comme la veille par exemple. Je lui expliquais que je n’avais pas de vacances, hormis mes cinq semaines de congés, que la reprise du weekend avait été dure et que pour finir, les commandes affluaient là où je travaille.
— Je te comprends. Ce doit être un travail épuisant ?
— Exact.
La conversation téléphonique perdura cinq minutes encore. Cinq minutes durant lesquelles je lui demandais si elle, était en forme. Mais aussi, où l’on parla avant l’heure du rendez-vous fixé le surlendemain aux alentours de midi. Après quoi, je déjeunais succinctement.
L’après-midi fila telle un TGV, 14h15, 15h50, 16h40, etc.… Je ne la vis pas passer. En début de soirée
Je reçus un appel de mon patron pour me dire qu’un client avait décommandé. C’est donc avec deux pizzas restantes, que je rentrais à la pizzeria.
Il était 17 heures. Et là s’achevait ma journée de dur labeur.
C’est en plein embouteillage typiquement parisien, que rêveur, je pensais à la belle rousse qui avait fait chavirer mon cœur : Évaline. Ô comme le premier regard que nous nous échangeâmes fut foudroyant ! Il me semblait que notre relation naissante, existait depuis des années ! Oui. Ce sont ces pensées-là qui m’ont traversées l’esprit en plein concert de klaxons.
J’arrivais à l’appartement une demi-heure plus tard.
J’étais exténué. Et dire que lorsque je me fis embaucher en juin 2000, j’étais on ne peut plus enthousiaste. Pff ! Le repas fut rapide. Des lasagnes déjà préparées au préalable. Après le dîner, considérant que mes forces étaient tout de même insuffisantes pour appeler la demoiselle Évaline, je décidai de textoter avec elle. Textoter : c’est discuter par l’intermédiaire de messages (ou textos).
Bonsoir ma douce et gracieuse Évaline. Tu sais, je suis littéralement épuisé, mais je ne t’oublie pas. Tu me manques horriblement. Chaque heure qui s’écoule sans ta présence me rends plus meurtri encore. Je t’aime de tout mon cœur, voire de tout mon être.
À elle de me répondre :
C’est très gentil à toi de penser à moi. Toi aussi, tu me manques. À moi aussi, ton absence à mes côtés m’assaille quelque peu. Et puis, tu sais également que je te porte le plus fort de mes amours. Il me tarde déjà que l’on se revoit mercredi.
Particulièrement touché par ce message, je répondis :
Rassure-toi, la journée de mardi passera vite. Ensuite, arrivera le jour-J.
Le dernier message qu’elle m’envoya de la soirée fut celui-ci :
Entendu, Jean-Alfred. À mercredi ! Tu m’excuseras, mais je suis sensiblement fatiguée, je ne tarderai pas à aller me pioncer. Et toi, en espérant que tu sois en forme pour dans deux jours. Bonne nuit !
Puis vint mon ultime message de la soirée :
Bonne nuit, Évaline !
Et je ne m’y trompai pas, la journée de mardi passa dix fois plus vite que la journée précédente. Dans ces conditions, inutile de vous raconter ce que j’ai mangé à midi. Quand au soir, je pris une nouvelle résolution : désormais, je me coucherais à 22 heures maximum.
Cette nuit-là, je respectai la résolution prise la veille.
Doucement bercé par Dame Morphée, j’ai fais un rêve. I have a dream, comme dirait l’autre. Le thème central de ce rêve était l’amour que je portais à la gracieuse demoiselle qui avait su percer les défenses fébriles de mon cœur. Je me suis souvenu d’une scène en particulier. Voici quelle était-elle. Le décor était le Bar d’Éric, du XVIè arrondissement. Nous occupions alors nos tables respectives. Je lui jetais des regards porteurs d’un amour intense. Et…c’est à partir de ce moment que les faits divergèrent de la réalité. Je la vis, à son tour, me jeter des regards remplis d’une passion que je pensais improbable.
Soudain, je la vis se lever et venir vers moi.
Elle s’assit sur la chaise qui était en face de moi et prononça ces mots :
— Pardonnez-moi ma conduite, si celle-ci peut paraître impudente, mais…vous a-t-on déjà dit que vous étiez beau gosse ?!
Je restais interloqué par sa question. Néanmoins, je m’entendis balbutier :
— Euh…oui, plusieurs fois même.
Je la vis s’avancer plus en avant vers moi. À cet instant, mon cœur s’emballa follement. Qu’allait-elle faire ? Je ne le su jamais car elle enchaîna :
— J’aimerais qu’un lien d’amour dur comme le diamant se tisse entre nos deux êtres, car je sais qu’ils sont faits pour s’imbriquer l’un dans l’autre.
Je restais incrédule face à une telle déclaration de flamme, si soudaine fut-elle.
Une sirène retentit. C’est alors que le décor changea progressivement. M’étant retourné pour apercevoir le véhicule bruyant, mon regard revint sur Évaline. Et là, mauvaise surprise, elle n’était plus présente en face de moi. Seul un tableau représentant mes parents et moi gosse, me fit face, sans rien me dire. Des gouttes de sueur perlaient de mon front. Comment qualifier la sensation ressentie ? Je ne parvins pas à mettre un mot dessus. Cette scène m’avait l’air si réelle, si vivante, que j’y cru l'instant d'une seconde.