27 Avril 2010
Introduction
Memphis, Juin -1260 avant J.-C. Une chaleur étouffante règne sur la grande métropole égyptienne du Nord et ses alentours. Chacun cherche à échapper à son étreinte comme il peut (baignades dans le Nil à leur risques et périls, lointaines expéditions dangereuses vers le Fayoum. Cependant, l'objectif voulu est atteint, les égyptiens réhydratent leur peaux mises à mal par l'accablante chaleur. Mais l'heure est à l'urgence. En effet, la guerre menace l'empire hittite, le nouvel allié de l'état égyptien. Un guerrier hittite du nom de Chabaka s'est juré de renverser la monarchie de son pays. Le roi Muwatalli II demande l'aide indispensable de son nouvel allié: le prestigieux pharaon Ramsès II. Ce dernier accepte la demande en aide de son nouvel ami. Le Pharaon organise veille lui-même aux préparatifs de l'armée égyptienne chargée de mater la rébellion hittite. Puis vint l'heure du départ vers la province anatolienne touchée par la sédition.
1.
Néhêri se délecta paisiblement de l'ombre d'un sycomore. Celui-là même où se prélassait son père auparavant. Ce père avait laissé sa vie dans une expédition punitive contre les libyens. Désormais, il n'était plus du monde des vivants. Depuis maintenant trois ans, elle avait apprise à prendre le dessus sur ses régulières crises de larmes d'antan. Mais, souvent encore, il lui arrivait de penser à ce père qu'il l'aimait tendrement. Cette douloureuse remémoration la peinait énormément. La jeune femme ne pouvait se résoudre à bannir cette image qui hantait son esprit. Non, elle n'en avait plus la force nécessaire.
C'est alors que la jeune femme s'avança – vêtue de sa mince robe de lin blanc – dans les eaux du ruisseau. Soudain, une voix l'interpella.
— Néhêri !
C'était Ahmès, son frère aîné. Le jeune homme avait la corpulence d'un prince. Il possédait la coupe courte et châtaine. Ses yeux étaient d'un bleu éclatant et rayonnant. Le bel homme qu'il était accourrait auprès de sa soeur. Ce jour-là, il semblait en proie à une vive inquiétude. Un grave incident avait attrait au cercle familial.
— Néhêri! Un grand malheur vient de nous frapper.
— Quel est ce malheur? Parle Ahmès, je t'en prie!
Le jeune homme ravala sa salive avant de prononcer les paroles assassines.
— Mère est morte.
Néhêri laissa s'échapper un bref cri presque strident. Puis, elle éclata en sanglots. Ahmès fut fort peiné de voir sa soeur et tenta de la consoler du mieux qu'il pourrait.
— Ne pleures pas, petite soeur. Désormais, Mère a été érigée en Éternelle et, de la-haut, veille sur nous.
— M'en fais-tu la promesse solennelle?
— Je te le promets.
La belle se calma peu à peu. Lorsqu'elle fut à nouveau sereine, son frère aîné l'enlaça dans ses bras.
C'est cet instant que choisit Inteb pour les interrompre. En effet, le chambellan – porteur d'une nouvelle réconfortante, les avait surpris alors que la sublime Néhêri commençait à sangloter. Cependant, il n'avait osé les importuner jusqu'à présent.
— Maître Amhès!
— Qu'il y-a-t-il Inteb? Pas une mauvaise nouvelle encore?
— Rassurez-vous, celle-ci saura vous réconforter. J'en suis convaincu!
Néhêri essuya une dernière larme le long de sa joue. Elle attendait avec curiosité la suite des propos du chambellan.
— Sa Majesté1 est au courant du décès tragique de votre mère, ainsi que de votre situation d'orphelins. Elle vous accorde ses condoléances les plus véritables.
La jeune femme prit la parole.
— Nous ne remercierons jamais assez le pharaon pour son entière gratitude. D'autre part, nous apprécions l'attention qu'il nous prodigue au quotidien.
— Je lui transmettrai ce message gratifiant. Toutefois, je ne vous ai pas révélé tout le contenu du message.
— Parles Inteb, nous t'écoutons.
— Sa Gracieuse Majesté vous propose de résider dans son palais royal de Memphis. La présente invitation prend effet dès ce soir.
A l'annonce de l'inattendue invitation, les intéressés se regardèrent dans les yeux. La première était émue, tandis que le second avait cru avoir mal entendu. Afin de considérer avec soin la proposition de premier ordre, le jeune homme ordonna au chambellan de les laisser seuls un court instant. Ils avaient besoin de réfléchir et de ne pas commettre de fautes graves, car rejeter l'offre de Pharaon, revenait à insulter le fils de Râ.
— Que fait-on, Néhêri, demanda un ahmès surexcité par l'idée, nous ne pouvons refuser l'offre de Sa Majesté!
— Je t'avouerai que l'idée d'habiter le palais royal me séduit quelque peu.
— Approuverai-tu mon idée?
La belle Néhêri sourit.
— C'est exact, mon bien-aimé frère.
Puis elle déposa un fougueux baiser sur la joue de son aîné. Peu après, Ahmès rappela Inteb pour lui confirmer leur départ imminent dans la soirée.
— Inteb, prépares un navire! Nous partons pour Memphis dès ce soir!
Le quadragénaire s'attela immédiatement à la tâche.
2.
— Brise-lui la tête, ordonna Chabaka, le chef suprême des Hittites révoltés.
Le vieux marchand hittite se prépara à affronter la mort et à expirer son ultime soupir. Hélas! il n'en eut pas le temps. L'imposante massue du bourreau fracassa son crâne. La première victime du révolté en chef s'effondra. Le corps inerte du vieux marchand, qui gisait à présent sur le sol, laissait s'écouler un flot rougeâtre en direction de la rivière toute proche.
Cette innocente victime du général Chabaka était sa première. Et, malheureusement, ce ne serait pas sa dernière.
*
Un lourd passé pesait sur les épaules de Chabaka. Un passé auquel il tournait le dos, pour se conforter dans sa nouvelle fonction: celle de général en chef des troupes insurgées hittites.
En effet, le général – un vieux quadragénaire – vouait une haine sans limites au couple royal. Et cela, depuis que le roi Muwatalli II avait fortement désapprouvé son projet d'invasion de l'Egypte. Ce qui avait dicté la conduite du roi étaient les nombreux traités de paix et mariages diplomatiques. Il y a peu encore, les ennemis d'hier s'affrontaient à Qadesh. Aujourd'hui, le maître-mot est paix. La paix...elle se devait de perdurer dans le temps.
Cependant, un homme ne l'entendait pas de cette oreille: le général Chabaka. L'unique désir auquel aspirait le vieil homme était de renverser l'actuel pouvoir en place. Cette étape se révélerait primordiale pour rétablir son honneur bafoué.
Il espérerait qu'avec ses mil cinq cent hommes, cela serait tâche facile.
Indifférent aux fréquentes scènes d'exécution ayant lieu au camp, Chabaka s'en retourna dans sa modeste tente, dressée à l'improviste. L'armée rebelle avait, sur ordre du général, installé son campement temporaire dans les gorges du Kizil Irmak; le fleuve qui les mèneraient au plus près d'Hattusa, la capitale du vieil empire hittite. Certes, le pouvoir royal semblait menacé de disparition dû au déferlement à venir des séditieux sur Hattusa. Malheureusement pour les troupes du vieux quadragénaire, de solides murailles la protégeaient d'éventuels envahisseurs. Par ailleurs, la capitale hittite détenait toujours une puissante garnison. Celle-ci était forte de près de mille soldats hittites. Leur fidélité envers le roi Muwatalli II n'était plus à démontrer.
«Il appraîtra comme certain que ces idiots se battront jusqu'à la mort pour leur roi de pacotille.» pensa le général en chef des insurgés. Celui-ci était quelque peu sceptique quand à la réussite promise à leur assaut final. Cependant, il ne désespererait pas autant pour cela. Le vieux général, enfin isolé de vacarme incessant de l’extérieur, déroula une carte – récemment dessinée par Anty. Ce dernier protégeait, il y a peu encore, une caravane de marchands égyptiens. Lorsque celle-ci tomba dans une des nombreuses embuscades tendues par les séditieux dans le désert de Syrie, tous furent tués. Les soldats hittites égorgèrent les marchands, éventrèrent les bêtes, et violèrent les femmes. Un soldat s’était apprêté à percer de sa lance le pauvre Anty, quand soudain, sans crier gare, Chabaka décida d’épargner sa vie. Il alla même plus loin en faisant de l’inconnu qu’il venait de sauver, son cartographe officiel. En juste retour, Anty s’en alla baiser les pieds de son nouveau maître.